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Séjour à l’étranger offert par des sponsors à leurs invités

5068702912_2b3bdfb128_o.jpgLes professionnels de la santé sont constamment courtisés par diverses sociétés, souvent pharmaceutiques, qui leur offrent des voyages et séminaires. La participation à ces événements entraîne des conséquences fiscales. En effet, les sociétés qui offrent des voyages et des séminaires sont en principe tenues d’établir des fiches fiscales qui débouchent sur une taxation des bénéficiaires de ces libéralités. Une circulaire de 2008 détaille les grandes lignes de ce régime. Explications.

Le contexte

Cette circulaire du 29 mai 2008 s’inscrit dans le cadre beaucoup plus large de l’article 2 de la loi du 16 décembre 2004 relative à la lutte contre les excès de la promotion de médicaments.

Cette loi dispose qu’il est à présent formellement interdit, dans le cadre de la fourniture, de la prescription, de la délivrance ou de l’administration de médicaments ou de dispositifs médicaux et accessoires, d’offrir ou d’octroyer, directement ou indirectement, des primes, des avantages pécuniaires ou des avantages en nature aux grossistes, aux personnes habilitées à prescrire, à délivrer ou à administrer des médicaments ainsi qu’aux institutions dans lesquelles ont lieu la prescription, la délivrance ou l’administration de médicaments.

La loi prévoit cependant plusieurs exceptions, notamment l’invitation et la prise en charge de la participation à une manifestation scientifique par les sociétés sponsors, à condition que cette manifestation réponde à des critères bien déterminés.

Une manifestation scientifique peut comporter une nuitée prise en charge par la société pharmaceutique. Un visa doit alors être demandé au ministère de la santé qui doit confirmer que cette manifestation dans sa globalité n’est pas de nature à octroyer un avantage purement privé à son bénéficiaire.

Sous le respect de ces conditions, l’entreprise pharmaceutique peut prendre en charge les frais qui résultent de la formation et de l’hébergement du médecin qu’elle invite.

Le principe

La société pharmaceutique paie les frais de cette manifestation professionnelle pour le médecin qu’elle invite et auquel elle procure ainsi un certain avantage et doit établir une fiche 281.50 qui chiffre le montant de cet avantage.

En effet, selon la circulaire : « les frais supportés par les entreprises pharmaceutiques pour la participation des prestataires de soins à des congrès, séminaires et journées d’étude sont, en règle générale :

Lorsque l’avantage que recueille le prestataire de soins indépendants entraîne une réduction totale ou partielle de ses frais professionnels, plusieurs formalités doivent être remplies pour que cette avantage taxable soit déductible :

Lorsque l’intervention de l’entreprise pharmaceutique couvre aussi des frais de restaurant (frais de petit déjeuner, de déjeuner, autres frais de repas, etc.), la partie correspondant à ces frais n’est déductible qu’à concurrence de 69 % (application de l’article 53, 8°bis C.I.R. 92). Cette partie peut être fixée forfaitairement à 8 % du montant de l’avantage (qui dans ce cas est égal au coût total du séminaire).

La circulaire stipule en outre que :

Exemple :

La circulaire décrit un exemple assez clair que nous reproduisons ci-après :

Un chirurgien est invité par une entreprise pharmaceutique à participer durant trois jours à un congrès scientifique à Rome. L’entreprise pharmaceutique supporte directement et intégralement tous les frais concernant la participation du chirurgien au congrès. Cela concerne notamment les frais d’inscription, les frais de déplacement, les frais de séjour et les frais de repas, dont le coût total s’élève à 3.000 EUR par participant. 500 EUR de ce montant se rapportent aux frais de déplacement (billets d’avion, transferts inclus).

Préalablement, le chirurgien adresse une demande formelle à l’entreprise pharmaceutique pour être accompagné de son épouse. Il fait en même temps la demande pour prolonger son séjour de trois jours à titre privé et à ses propres frais pour une visite privée de la ville. Ces frais sont estimés par lui à 2.000 EUR.

Etant donné que la prolongation du séjour de trois jours ne peut être considérée comme accessoire par rapport à la durée proprement dite du congrès (également trois jours), l’intervention de l’entreprise pharmaceutique dans les frais de déplacement doit être limitée à 3/6 du coût total, à savoir 250 EUR (500 x 3/6). Les autres frais de déplacement restants (250 EUR) sont à charge du chirurgien.

En ce qui concerne la participation du chirurgien au congrès scientifique à Rome, l’entreprise pharmaceutique ne peut donc prendre en charge que 2.750 EUR (3.000 – 250).

L’entreprise pharmaceutique établit au nom du chirurgien une fiche individuelle 281.50 avec la mention du numéro de visa et l’avantage de toute nature d’un montant de 2.750 EUR.

Le chirurgien doit reprendre le montant de 2.750 EUR dans ses recettes. Ce montant de 2.750 EUR peut, dans son chef, être considéré, sans plus, comme des frais professionnels déductibles en principe.

Le montant qui peut être effectivement déduit à titre de frais professionnels est déterminé comme suit :

Bien entendu, le montant directement déductible peut être obtenu en diminuant le montant de l’intervention (2.750 EUR) de la partie des frais de restaurant qui n’est pas déductible [(3.000 x 8 %)] x 31 %, soit 2.750 – 74,40 = 2.675,60 EUR.

Les frais supportés par le chirurgien lui-même, relatifs à son séjour à Rome, concernent, d’une part, les frais de voyage et de séjour de son épouse et, d’autre part, la prolongation de son propre séjour et s’élèvent au total à 2.000 EUR, augmentés des frais de déplacement non pris en charge par l’entreprise pharmaceutique (250 EUR). Ces dépenses ne peuvent naturellement pas être invoquées comme des frais professionnels déductibles dans son chef, mais seront considérées comme des dépenses personnelles au sens de l’art. 53, 1°, CIR 92.

Conclusion

La participation à une manifestation organisée par une société pharmaceutique présente des particularités qui au-delà des règles purement déontologiques, entraînent des incidences fiscales. Certes il est plus agréable de se voir offrir un séjour par une société bienfaitrice que de se l’offrir à soi-même, mais le lecteur ne perdra pas de vue que ce séjour fera peser sur lui un certain nombre d’obligations fiscales qu’il ne manquera pas de respecter.

Jérôme HAVET

j.havet@avocat.be

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